Un printemps de Russie est la première oeuvre littéraire inspirée par la Perestroïka. Diplomate, Henry Chennevières vient de séjourner sept ans à Moscou. Il nous fait partager les doutes et les espoirs nés des évènements récents, ce « Printemps de Moscou » .
Dans ce pays bousculé par les réformes avortées, sclérosé par l’habitude, gorgé de fatalisme, où le

temps semble s’être arrêté, on voudrait encore croire que l’attente s’ouvrira sur le Changement. Mais le doute est là, irrémédiable. Chez le Russe, le doute est substantiel, comme son inaptitude au bonheur.
Un Printemps évoqué à travers le récit d’un amour quasi-mythique entre Laura, la jeune Romaine, et Kiril, l’écrivain russe, qui doit ruser avec la censure, et parler de Pompéi, à défaut de pouvoir dire Tchernobyl. Personnage aux contours subtils, auquel Chennevières a donné toute la mesure slave: une élégiaque mélancolie, une torpeur désabusée, une exaltation tempérée, intériorisée. On assiste à la dérive d’un manuscrit dans une société où la vie personnelle et l’évolution politique sont étroitement imbriquées.
Henry Chennevières emprunte au roman russe son moyen d’expression privilégié: la métaphore, qui éclaire toute l’actualité inscrite en filigrane. Derrière la poésie du verbe, une réflexion s’impose, d’une densité et d’une justesse souvent dérangeantes.
La joie m’a été retirée, non pas ôtée, je sais qu’elle existe encore, elle me surprend parfois à certains détours de la route, pour me dire qu’elle m’attend toujours, peut-être au terme de toute chose; il faudra juste lui faire signe le moment venu. On a seulement mis la lampe sous le boisseau. Reste la pureté, le plus difficile